Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, un incendie a détruit un centre de données entier à Strasbourg. Des milliers d'entreprises ont découvert au matin que leur « sauvegarde » brûlait dans le même bâtiment que leurs données. Une règle vieille comme l'informatique les aurait toutes sauvées. La voici.
L'incendie d'OVHcloud à Strasbourg, en mars 2021, est devenu un cas d'école mondial — pas à cause du feu, mais à cause de ce qu'il a révélé : une quantité stupéfiante d'entreprises stockaient leurs sauvegardes au même endroit que leurs données. Serveur et copie de secours dans la même armoire, la même salle, le même bâtiment. Le feu ne fait pas la différence. Le ransomware non plus, ni le dégât des eaux, ni le cambriolage.
La parade tient en trois chiffres, et elle est plus vieille que le cloud.
La règle 3-2-1 impose de détenir 3 copies de ses données, sur 2 types de supports différents, dont 1 copie hors site.
Le ransomware a ajouté deux chiffres à la règle. 3-2-1-1-0 : les trois premiers ne changent pas, le second « 1 » exige qu'une copie soit hors ligne ou inaltérable — déconnectée du réseau, ou sur un stockage à écriture verrouillée. Pourquoi ? Parce qu'un ransomware moderne cherche d'abord les sauvegardes accessibles depuis le réseau, les chiffre, puis s'occupe du reste. Une sauvegarde en ligne que le serveur peut modifier, un attaquant qui contrôle le serveur peut la détruire.
Et le « 0 » ? Zéro erreur au test de restauration. C'est le chiffre le plus important de la série, et le plus ignoré.
Voici la phrase qui fâche : une sauvegarde jamais testée n'est pas une sauvegarde — c'est un espoir. À l'atelier, une bonne partie des récupérations de données qu'on nous confie viennent d'entreprises qui avaient une sauvegarde : sur un disque mort depuis des mois sans que personne ne s'en aperçoive, dans un logiciel qui affichait « OK » en sauvegardant un dossier vide, ou chiffrée avec un mot de passe que plus personne n'avait. Le test est simple : une fois par trimestre, prenez un fichier au hasard et restaurez-le réellement, chronomètre en main. Si personne ne l'a jamais fait chez vous, faites-le cette semaine — le résultat est parfois éclairant.
Un montage simple et robuste pour une petite structure : les données vivent sur le serveur (copie 1) ; chaque nuit, sauvegarde automatique sur un stockage local dédié (copie 2, support différent) ; chaque nuit également, sauvegarde chiffrée vers un cloud dans un autre lieu géographique (copie 3, hors site), avec une rétention de plusieurs semaines pour pouvoir remonter avant un problème passé inaperçu. Ajoutez le verrouillage en écriture sur la copie cloud (le « 1 » anti-ransomware), un test de restauration par trimestre (le « 0 »), et une alerte qui prévient un humain quand une sauvegarde échoue — car une sauvegarde qui échoue en silence pendant six mois, c'est le scénario classique. C'est exactement le genre de montage qu'un contrat d'infogérance installe puis surveille pour vous.
Dernier mot pour les données qui vivent sur votre site web : elles obéissent à la même règle. Un site dont l'unique sauvegarde vit sur le même hébergement s'expose au même réveil difficile — on en parle dans site piraté ou cassé, que faire.
C'est quoi la règle 3-2-1 en sauvegarde ?
3 copies des données, 2 supports différents, 1 copie hors site. Protège de la panne, de l'erreur humaine et du sinistre local à la fois.
Que signifie 3-2-1-1-0 ?
3-2-1 + 1 copie hors ligne ou inaltérable (anti-ransomware) + 0 erreur au test de restauration.
À quelle fréquence faut-il sauvegarder ?
Selon ce que vous acceptez de perdre : quotidien au minimum, davantage pour les données critiques, avec plusieurs semaines de rétention.
Une sauvegarde dans le cloud suffit-elle ?
Non : c'est un excellent pilier de la règle, pas un substitut — une synchronisation continue propage aussi les suppressions et le chiffrement.
Comment tester une sauvegarde ?
En restaurant réellement un fichier chaque trimestre, chronomètre en main. Jamais testée = simple espoir.
On installe des montages 3-2-1 complets — sauvegarde locale, copie hors site, alertes et tests de restauration — et on les surveille dans le temps.